Le contexte réglementaire de la gestion des eaux pluviales en Essonne
L’Essonne, avec sa position stratégique au sud de l’Île-de-France, connaît une pression foncière importante. Les documents d’urbanisme (PLU, SCoT) imposent désormais systématiquement une gestion à la source des eaux pluviales. L’objectif est clair : limiter l’imperméabilisation des sols et favoriser l’infiltration naturelle pour recharger les nappes phréatiques tout en soulageant les réseaux d’assainissement existants.
Le diagnostic Enysol : Trois bassins, un même constat alarmant
Le bureau d’études Enysol, spécialisé dans l’accompagnement des projets d’aménagement et l’expertise des ouvrages hydrauliques, a récemment mené une campagne d’investigations approfondies sur trois bassins d’infiltration situés dans différentes communes de l’Essonne. Ces ouvrages, mis en service il y a plusieurs années, présentaient des signes de dysfonctionnement inquiétants : stagnation prolongée des eaux après les pluies, colmatage accéléré des fonds de bassin, et dans certains cas, apparition de désordres sur les constructions avoisinantes.
La méthodologie employée par Enysol a été rigoureuse et complète. Elle a combiné :
- Des investigations géophysiques non destructives
- La réalisation de sondages carottés avec prélèvements d’échantillons
- Des essais de perméabilité in situ (essais Porchet et Lefranc)
- Des analyses granulométriques et minéralogiques en laboratoire
- Un suivi piézométrique pour évaluer le comportement hydrogéologique
L'argile à meulière : Un adversaire redoutable pour l'infiltration
1. Une imperméabilité structurelle
Sa texture fine, riche en minéraux argileux (illite, smectite, kaolinite), crée un réseau de pores extrêmement fins qui bloque la circulation de l’eau. La perméabilité très faible mesurée par Enysol n’est donc pas une anomalie, mais bien la norme pour ce type de formation.
2. Un comportement gonflant (retrait-gonflement)
Certains minéraux argileux présents dans l’argile à meulière ont la capacité d’absorber l’eau et de gonfler de manière significative. Ce phénomène de retrait-gonflement est source de désordres majeurs sur les constructions. Lorsqu’un bassin d’infiltration est créé dans ce type de sol, l’apport constant d’humidité peut provoquer le gonflement de l’argile, générant des poussées latérales susceptibles d’endommager les parois du bassin et les fondations des bâtiments voisins.
3. Une hétérogénéité spatiale
L’épaisseur de la couche d’argile à meulière peut varier considérablement sur de courtes distances, passant de quelques dizaines de centimètres à plusieurs mètres. Cette variabilité rend particulièrement périlleuse toute extrapolation à partir d’un nombre limité de sondages. Le diagnostic réalisé par Enysol sur trois sites distincts montre bien que ce type de formation est largement répandu en Essonne, mais sa profondeur et son épaisseur exactes ne peuvent être déterminées que par une investigation systématique.
4. Une coloration révélatrice
Conséquences techniques et risques associés
Le diagnostic d’infiltration mené par Enysol met en évidence plusieurs conséquences directes de la présence de cette couche d’argile à meulière sous les bassins d’infiltration :
Dysfonctionnement hydraulique
Les trois bassins expertisés ne remplissent pas leur fonction première d’infiltration. Les eaux stagnent pendant des durées incompatibles avec les prescriptions réglementaires (généralement 24 à 48 heures maximum après la fin des précipitations). Cette stagnation prolongée favorise le développement de moustiques, la prolifération d’algues et de végétation indésirable, et dégrade la qualité paysagère des ouvrages.
Risques de pollution
L’absence d’infiltration effective signifie que les polluants contenus dans les eaux pluviales (hydrocarbures, métaux lourds, résidus de pneus, etc.) ne sont pas épurés par filtration naturelle dans le sol. Ils restent concentrés dans le bassin, créant un risque de pollution accidentelle en cas de débordement ou de vidange non maîtrisée.
Désordres géotechniques
L’humidification constante de l’argile à meulière sous les bassins modifie ses caractéristiques mécaniques. Le gonflement de l’argile peut provoquer des soulèvements différentiels, tandis que les cycles humidification-séchage entraînent un phénomène de retrait-gonflement susceptible de fissurer les structures rigides (parois en béton, regards, canalisations).
Non-conformité réglementaire
Les ouvrages qui n’infiltrent pas les volumes prévus dans l’étude d’impact initiale sont techniquement non conformes à leur autorisation de fonctionnement. Cela expose les maîtres d’ouvrage à des contentieux avec les services de police de l’eau et à des obligations de mise en conformité coûteuses.
Quelles solutions pour les bassins existants et les futurs projets ?
Face aux constats dressés par le diagnostic Enysol, plusieurs stratégies peuvent être envisagées, tant pour la réhabilitation des bassins d’infiltration dysfonctionnants que pour la conception de nouveaux ouvrages en zone d’argile à meulière :
Pour les bassins existants
Pour les futurs projets
- Un nombre suffisant de sondages pour appréhender l’hétérogénéité du site
- Des essais de perméabilité in situ réalisés dans les règles de l’art
- Une caractérisation minéralogique pour identifier les risques de gonflement
- Une analyse de la variabilité spatiale de la formation géologique

